Salvador Dali et ses mannequins. Il présentera un "Le taxi pluvieux".
L'exposition utilisait une vaste scénographie organisée par Marcel Duchamp. Les participants, artistes surréalistes, étaient invités à habiller seize mannequins. Ceux-ci formant une haie le long de rues surréalistes portant des noms hautement symboliques (rue des Vieilles Lanternes où se suicida Gérard de Nerval, ou encore rue Vivienne où vécut Lautréamont, sont des rues existantes ; les autres sont inventées). L'exposition est conçue comme une ville que l'on doit découvrir à tâtons. Une ville de rêve. La nuit.
Quelques rues et mannequins présentés lors de cette exposition :
Paul Eluard à côté du mannequin de Kurt Seligmann, rue de tous les Diables
Man Ray
Salvador Dali
Oscar Dominguez, rue de la Transfusion sanguine
Joan Miro, rue Cerise
Sonia Mossé
Marcel Duchamp, rue aux Lèvres
Le mannequin deMarcel Duchamp, perçu à l'époque comme trop simple et peu spectaculaire est devenu emblématique du désir surréaliste : « Duchamp posa simplement sur son mannequin le veston et le chapeau qu'il venait d'enlever, comme si le mannequin était un porte-manteau. C'était le moins frappant des mannequins exposés, mais il symbolisait à merveille le désir qu'avait Duchamp de ne pas trop attirer l'attention » selon Marcel Jean. Un autre critique, Georges Hugnet, écrira : « Le mannequin de Duchamp, simplement coiffé d’un chapeau d’homme et vêtu d’un gilet et d’une veste, s’agrémentait au crayon, au-dessus du pubis, du nom deRose Sélavyet gardait un rien de son originelle indécence soulignée par son allure évoluée et garçonnière ». Androgyne improvisé, il offre une autre image du désir, plus ambiguë.
Le Surréalisme est conçu comme un "court-circuit" des images et du langage. Le geste artistique surréaliste doit tenter de "changer la vie" (Arthur Rimbaud) et pour ce faire il faut commencer par changer "la vue", révolutionner le regard.
L'exposition « Man Ray, Picabia et la revue Littérature (1922-1924) »
éclaire un moment peu connu de l'histoire de l'art moderne, entre la
fin du mouvement Dada et l'avènement du Surréalisme, en s'appuyant sur
les vingt-six projets de couvertures conçues par Francis Picabia
pour la revue Littérature au début des années 1920. En 2008, les
dessins originaux de Francis Picabia, dont quinze restaient inédits,
étaient révélés par Aube Elléouët-Breton. Les œuvres avaient été retrouvées dans une simple enveloppe.
Touche-à-tout, peintre, artiste conceptuel, cinéaste, Marcel Duchamp a collaboré avec Man Ray à l'élaboration d'un cinéma surréaliste.
Voici son "Anémic cinema" (1925) qui nous invite à prolonger la rêverie surréaliste, en contemplant dix disques optiques réalisés en 1923 et neuf contrepètries en spirales :
Le célèbre rêve de "La Maison du Docteur Edwardes" ("Spellbound", 1945) d'Alfred Hitchcock est le fruit d'une collaboration artistique avec le peintre espagnol Dali :
Le rêve était à l'origine conçu pour durer 22 min. Après les coupures au montage, il n'en reste plus que 2 min. Une séquence montrait Ingrid Bergman transformée en statue dans un tableau peint par Dali. Elle était vêtue telle une vestale, le cou emprisonné dans les fers et transpercé d'une flèche.
Jean Cocteau, non apparenté au Surréalisme, utilise des images proprement surréalistes dans "Le sang d'un poète" (1930) et emprunte la Muse de Man Ray : Lee Miller
Il s'agit d'un film expérimental dans lequel un poète converse avec une statue sans bras (interprétée par Lee Miller) qui lui conseille de plonger à travers le miroir afin de découvrir un autre monde (hôtel borgne, fumerie d'opium, maison de jeux). Quelques motifs surréalistes parsèment l'oeuvre : le miroir liquide, l'oeil dans un trou de serrure, la main sans corps qui tend un revolver à travers le mur et évidemment la statue-mannequin qui parle avec les lèvres et le visage de Lee Miller.
Cependant, Jean Cocteau, pourtant produit par le vicomte de Noailles comme avant lui Bunuel et tous les surréalistes, refuse de définir son oeuvre comme telle. Il y voit plutôt ses propres rêveries et visions poétiques qui participent davantage du "merveilleux" que du Surréalisme. Cette première incursion du poète dans le cinéma le conduira à créer "La Belle et la Bête" (1946), "Orphée" (1950), puis "Le Testament d'Orphée"(1960).
"Le 10 avril 1934, en pleine
occultation de Vénus par la lune (ce phénomène ne devait se
produire qu’une seule fois dans l’année), je déjeunais dans un
petit restaurant situé assez désagréablement à côté d’un
cimetière. Il faut, pour s’y rendre, passer sans enthousiasme
devant plusieurs étalages de fleurs. Mais j’observais, n’ayant
rien de mieux à faire, la vie charmante de ce lieu. Le soir le
patron « qui fait cuisine » regagne son domicile à
motocyclette. Les ouvriers semblent faire honneur à la nourriture.
Le plongeur, vraiment très beau, d’aspect très intelligent,
discute de choses apparemment sérieuses avec les clients. La
servante est assez jolie : poétique plutôt.
Le 10 avril
1934, elle portait, sur un col blanc à pois espacés rouge fort en
harmonie avec sa robe noire une très fine chaîne retenant trois
gouttes claires, gouttes rondes sur lesquelles se détachait à la
base un croissant de même substance pareillement serti. J’appréciais
une fois de plus, infiniment, la coïncidence de ce bijou et de cette
éclipse. Comme je cherchais à situer cette jeune femme, en la
circonstance si bien inspirée, la voix du plongeur : « Ici,
l’Ondine » et la réponse exquise, enfantine, à peine
soupirée, parfaite : « Ah ! Oui, on le fait ici,
l’on dîne ! » Est-il plus touchante scène ?
Je me le demandais hier encore, en écoutant les artistes de
l’atelier massacrer une pièce de John Ford. La
beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe,
magique-circonstancielle ou ne sera pas."